CANNIBALE

Si les membres de Cannibale rendaient leur petit-déjeuner au moment de parler de « Not easy to cook », l’auditeur serait bien surpris. Les quadras étant signés chez Born Bad, on penserait Garage et look à la Didier l’Embrouille, mais on se retrouverait avec des bouts d’Exoticacoincés entre les dents, le « Jungle Obsession » de Nino Nardini & Roger Roger étalé sur la table et du Glam tropical en bouteille plastique dégueulé par une version encore plus débile que le Mike Myers de Wayne’s World. Le décor est planté, vous êtes bon pour tout nettoyer.
Si l’on vous parle de tout ça, c’est qu’entre le début de la success story de Cannibale et ce deuxième album, il y a un monde. Encore un peu et on aurait presque l’impression que Freddie Mercury vient de débarquer en Renault 16 supersport pour jouer du Marimba à d’anciens fans de rock bas du front. Et en fait, c’est à peu près ça : Le Rocky Horror Picture Show et Fela Kuti en bottes de caoutchouc.
Et si le nombre de vaches n’a pas augmenté dans le bled de Normandie dont sont issus les gars de Cannibale, pour le nombre de dates par contre, c’est autre chose. Entre « No Mercy For Love », le premier album signé de 2017, et le nouveau « Not easy to cook », les Frogs – c’est le nom de la piste d’ouverture – ne sont pas passés de la cumbia psyché à l’autotune sur gravier, mais ils sont partis sillonner les routes comme des cyclistes dopés. Plus de 100 dates en moins d’un an (dont pas mal avec Frustration et Villejuif Underground), des festivals comme Rock en Seine et une revue de presse dithyrambique :
« Des rythmes indolents qui convoquent Amérique Latine et Afrique. » (Mowno)
« Un garage rock voyageur et volontiers ensoleillé. » (Libération)
« Des morceaux qui provoquent des visions ou des hallucinations. » (France Inter)
Voyez, même Johnny n’a pas eu droit à une telle couverture médiatique ! Alors, le secret de Cannibale, c’est quoi ? Etre vieux et mettre la branlée à des kids de 19 ans ayant découvert des tutos de marimba sur Youtube ? Oui, mais c’est un peu plus qu’un groupe de darons.

« Le groupe a appris tous les codes sur la route en moins de deux ans » témoigne Jean-Baptiste Guillot de Born Bad. Pour les chansons, ça fait longtemps qu’ils savent faire. Rescapés de différents projets musicaux qui ont tous foiré, les différents membres ont fini par réussir parce que plus rien d’autre que la musique ne comptait. En ça, la trajectoire déviante du groupe n’est pas très éloignée de celle de Vox Low, autre signature maison.
Mais le plus surprenant dans « Not easy to cook », c’est la moiteur qui s’en dégage. Difficile de résumer l’affaire autrement qu’en comparant ces 10 chansons à une cocotte minute où auraient cuit des bouts de dancehall, de ska londonien et de dub hawaïen décapsulé avec les fesse. C’est là que le disque, enregistré par le groupe dans son village français du bout du monde, réussit un petit miracle : sonner français, mais côté Polynésie française.
Sur « Not easy to cook », on entend des grenouilles, des oiseaux, le bruit de la jungle dans un salon. Ceux déjà traumatisés par le vibraphone d’Arthur Lyman et la Lounge music de Les Baxter devraient se sentir chez eux ; les novices découvriront enfin autre chose que les samedis chez Nature et Découverte.
Bester Lang

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