MATHIEU DES LONGCHAMPS

Mathieu des Longchamps est né au Québec, à Montréal. Sa mère est chanteuse folk. Son père guitariste flamenco et harpiste latino Ses premières années, Mathieu les a vécues au Panama. Dans une cabane sur pilotis, « comme des Robinson Crusoé », dit-il avec une émotion encore tangible dans les yeux. Il a grandi à Paris.
Avant de faire de la guitare son instrument, il a touché à la harpe, aux percussions, au piano.
Chez lui, la musique est oxygène, dans le salon familial et dans la tête, face aux vagues indomptables du monde et sur les routes inconnues de l’existence, ici et ailleurs, partout, tout le temps. Enfant du monde, il est aujourd’hui un homme qui a choisi. Choisi de chanter ces choses fragiles et d’importance, qui dessinent le destin des humains. Son existence et sa musique sont faites de paysages qu’on n’oublie pas, de rencontres cruciales, de femmes indélébiles, de sentiments tatoués. Adolescent, Mathias Duplessy, guitariste star de musique du monde et ami de ses parents, l’initie à la six-cordes. « Un ouragan » se souvient-il. Une porte s’ouvre, un millier d’horizons s’incarnent. Un avenir. Mathieu décide d’arrêter les études. À 16 ans. « Après les vacances de Noël, je sors du métro, le soleil d’hiver qui pénètre les escaliers, j’écoutais Jeff Buckley, j’étais en seconde. Je suis rentré dans le lycée, jusqu’au bureau de la directrice, j’ai enlevé mes écouteurs et je lui ai dit : “Madame, j’arrête”. »
A 17 ans il intègre l’American School of Modern Music de Paris. Pendant deux ans. Pierre Bensusan, guitariste émérite, considéré par beaucoup comme l’un des maîtres actuels de la folk, lui offre sa première guitare électrique, une de luthier, pour Noël. Nouveau pied à l’étrier. Nouvelle confirmation.
Ensuite, il part en Argentine, à Buenos Aires, poursuivre son apprentissage dans la même école. Son premier grand voyage en solitaire. Là-bas, il étudie le tango, il renoue. Il décide de partir trois mois, sur les routes, en Uruguay, avec un ami. Jouer dans les rues, vivre de rien. L’aventure. Premier jour : ils se font tout voler, guitares et sacs. Survie. Ils ne renoncent pas. Au beau milieu de nulle part. Ils empruntent les guitares de ceux qui divertissent les touristes. Ils marchent, ils errent, ils ont faim. Ils insistent. Ils rencontrent. Ils jouent, du Brassens, de la Mano Negra… Mathieu grandit.

Une expérience unique, indispensable, fondatrice. Cojones et liberté. Le vertige. Road trip total. Il rentre à Paris, part s’isoler six mois en Espagne, à Cadaquès, dans la maison de sa grand-mère. L’enfance encore réactivée. La maison surplombe des vagues sauvages. Il est chez lui ici aussi. Il commence à écrire des chansons, avec 19 chats comme compagnons de solitude, de jolies chansons qui échappent à toute classification et qui dévoilent une poésie sans entrave. Il s’est trouvé, c’est indéniable.
Il voyage toujours. Cadaquès encore, allers/retours. Il s’aguerrit. Une belle italienne croise son chemin. Il la retrouve à Milan. L’amour fait son œuvre. Mathieu est papa.
Mathieu signe chez Polydor/Universal. Et enregistre un EP, “Héros Anonyme”, réalisé par Stan Neff (collaborateur de Camille, Vianney, Brigitte, Tess…) et enregistré à Saint Germain. En attendant un premier album. Son premier album.
On découvre, avec ces quatre chansons, un songwriter délicat, hanté, mélancolique et solaire. Mathieu fait moins de la chanson française que de la chanson en français.
C’est un peu de la pop également, de la folk, avec parfois cet esprit latino qui remonte à loin, à lui gamin. C’est sa force. N’être finalement que lui-même. Il est parvenu à digérer toutes ses influences, il lui a fallu du temps pour élaguer, épurer. Il a bien fait d’être patient. Il y est.

“Héros Anonyme” porte bien son titre. Ici, c’est le père loin de son fils, ce sont également tous ces gens qui, dans l’ombre, vivent, malgré les coups du sort. Qui portent le fardeau de la vie sans se plaindre. Qui avancent encore. Des héros du quotidien, des héros anonymes, oui, les seuls qui existent.

“Sentir Encore”, c’est la nostalgie de Panama. Le paradis ressuscité, le temps d’une chanson belle comme un souvenir de sable.

“Ni les Nuages, ni le Vent” est une petite tragédie à ciel ouvert, au rythme enlevé. Ce pourrait être la fin d’un amour mais c’est bien plus en fait. C’est surtout un titre fédérateur. Mathieu aime quand les mots et la musique optent pour des directions différentes. Il sait que c’est ainsi qu’on caresse la vérité paradoxale des sentiments. L’amour est une chose à vivre et il faut alors en accepter ses futures cicatrices.

“Rumba Clara”, c’est cette femme froide, belle, au bord de la mer, dans un décor de rêve, plongée dans son journal. Elle préfère lire les malheurs du monde que de le regarder en face, quand il offre toute sa beauté sauvage. Mathieu des Longchamps mêle les langues, les espoirs et les doutes, les êtres et les instants, le passé et le présent, avec une fraîcheur et une sensibilité formidables, un peu à la manière de Jeff Buckley, Elliott Smith ou José Gonzalez. Il est au cœur des choses.

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